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Quand mon ami Yannick Marcoux m’a envoyé ses quelques poèmes pour que je les lise, il ne s’attendait pas vraiment à ce que j’en mette un en musique. De son propre aveu, Le musée était plutôt pour lui un texte à la rythmique inégale, peu propice à devenir une chanson. Pour moi, Le musée fut une révélation. Sensuel, rythmé, intrigant, doux; j’avais depuis longtemps envie de mettre de la poésie en musique, et ce texte s’est presque spontanément mis à couler sur les accords qu’il m’inspirait. Il y a quelque chose dans la poésie qui laisse une grande liberté au lecteur; la liberté de son interprétation. On lit un poème comme on regarde une toile; on prend les indices qui nous sont donnés, on les avale, on les comprend, on se laisse porter.

Depuis quelque temps, je me questionne beaucoup sur la définition d’une chanson. Il y a des livres qui nous apprennent comment l’écrire, la construire, la mettre en musique, la limiter à trois minutes pour qu’elle passe à la radio… Est-ce que nos chansons sont formatées? Y a-t-il vraiment une recette? La liberté peut-elle exister dans la chanson? L’auditeur a-t-il vraiment besoin de toutes les clefs pour en tirer une expérience significative? Couplet-refrain-couplet-refrain-bridge-refrain… Combien de chansons ont cette forme, incluant les miennes? Y a-t-il place à la surprise dans la chanson québécoise populaire?

Bien sûr que oui! Beaucoup d’artistes ont déjà le courage de se libérer de leur cadre, de leurs réflexes; ce n’est peut-être pas toujours intéressant, mais toujours inspirant. Lentement, j’essaie ici et là de déconstruire ma manière d’écrire pour découvrir autre chose; c’est, il me semble, l’essence même de la création.

J’ai eu la chance qu’on m’offre un texte magnifique à explorer à ma manière. Yannick Marcoux a une plume fine, rare, intelligente et inspirée. Pour le découvrir un peu mieux, je vous suggère fortement de le lire sur son blogue : http://retailles.com/.

 

Le musée
(paroles de Yannick Marcoux)

Alors je te regarderai par le trou d’une serrure
Je m’offrirai comme ce tableau oublié
et t’enlèverai comme on arrache un Picasso au Louvre
Je te prendrai dans la foule des heures d’ouverture
dans l’angle mort du gardien de nuit
Et je te frencherai assoiffé
je te frencherai cru
et je nous laisserai faire
mutins du désespoir
lichens de tendresse.

Et au matin les visiteurs nous trouveront
une pancarte posée sur nos corps de rosée
Ne pas toucher.

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