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Peu de choses me réjouissent autant que d’entendre le cri grave et feutré de la chouette, au loin, dans le bois autour du lac où mes parents habitent. C’est évidemment là que m’est venue l’idée de cette berceuse pour les grands et les grandes. Je ne suis pas de ceux et celles qui s’endorment n’importe où, par terre, sur une chaise, dans un spectacle ou devant un film; même dans mon lit, il me faut un savant équilibre entre une bande dessinée déjà lue, une fatigue considérable et une détente potable pour m’endormir, sinon, c’est l’insomnie assurée.

Je ne suis pas la seule, je le sais, et avec l’arrivée de plusieurs enfants dans mon groupe d’amis, il me paraissait pertinent d’écrire une berceuse pour ces nouveaux parents qui, maintenant investis d’une responsabilité sans égale, devaient s’endormir pour de courtes et précieuses heures.

Si le cri de la chouette rayée peut être feutré et grave parfois, il n’en reste pas moins que celui de la chouette effraie ressemble plutôt au cri de quelqu’un qui serait en train de se faire égorger. Je me souviens d’une nuit de camping avec des amis, il y a longtemps; nous étions exaltés sous la tente, heureux et libres. Entre deux rires, nous avions entendu un hurlement violent, au loin. Nous nous étions figés, le sourire suspendu, l’œil incertain. Le hurlement avait retenti à nouveau. Malaise. Rires nerveux. La panique était prête à mordre dans l’urbanité de notre jeunesse quand je me suis souvenu de ma mère (je l’ai dit dans le texte sur L’aigle perché) qui imitait le cri effroyable de ce magnifique oiseau. Rassurés, nous avons continué à devenir ce que nous sommes aujourd’hui. J’ai su plus tard qu’il ne s’agissait pas de la chouette effraie, mais plutôt d’un renard… La nuit, comme la vie d’ailleurs, nous offre des perceptions souvent trompeuses; j’y reviendrai.

 

 

La chouette

La chouette au loin chante fort, bien cachée, tachetée de gris
Les loups sont peureux, mais ça, tu l’ignores
Ils sont loin d’ici

Étrange concert dehors, même la rivière sort de son lit
Mes fantômes aussi sont dans le décor
Ils ont bien grandi

Quand tu as peur, tu me tends la joue, je te rassure avec un bisou
Ça en prend peu et je t’envie beaucoup
Être grande, ça me tend le cou
Être grande, ça me tend le cou

Les grillons sont bien d’accord : demain ce sera un jour de pluie
Et le vent entre les craques de ton château fort
Tu t’es endormi

Étrange concert dehors, dans les murs se cachent les souris
Tes yeux sont clos et moi, je reste encore
Nous sommes si petits

Quand tu as peur, tu me tends la joue, je te rassure avec un bisou
Ça en prend peu et je t’envie beaucoup
Être grande, ça me tend le cou
Être grande, ça me tend le cou

La chouette se tait alors, tous les animaux sont dans leur lit
J’aurais bien besoin de ton château fort
Je dors plus la nuit
Je dors plus la nuit

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