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La production d’un album est souvent un très long processus, surtout si on compte l’écriture des chansons ! Par exemple, mon premier album réunit des chansons qui ont été écrites sur une période d’une dizaine d’années; ça fait long longtemps. Bien sûr, ce n’est pas toujours le cas, et c’est d’ailleurs un exercice très intéressant de se forcer à limiter le temps de production; c’était un peu l’idée que j’avais avec Brûler dehors. Nous avons enregistré l’album en quatre jours parce que je n’avais pas envie de m’éterniser et j’avais envie de capturer une certaine urgence, une certaine spontanéité.

Dans un sens, je considère que nous avons réussi, mais il faut être honnête, cet album a pris bien plus que quatre jours à venir au monde. Sans compter les mois de postproduction, il aura fallu plusieurs retraites d’écriture, des répétitions avec David Bujold (le coréalisateur), des arrangements, des essais, des erreurs.

Sur Brûler dehors, la chanson qui a demandé le plus de gestation est « S’en aller », écrite en 2011Elle raconte la rupture de deux très bons amis; et je l’ai d’abord écrite pour essayer de comprendre l’un, puis consoler l’autre. C’est donc cette pièce qui a le plus évolué. Je n’étais pas convaincue de l’inclure sur l’album, mais il me semblait que son ambiance s’accordait avec les thématiques de départ et de recul des autres chansons.

Afin d’observer ce qui peut se passer entre la naissance d’une chanson et sa mise sur album, je vous invite à écouter la toute première version de « S’en aller », enregistrée en 2011. Il s’agit d’une piste de travail, aucun traitement sonore n’a été fait, d’où le son assez faible.

Maintenant, voici une deuxième version, celle-ci enregistrée en 2012. L’arrangement a été fait avec les moyens du bord : voix, guitare acoustique, goulot de bouteille pour la slide, mandoline pour les percussions. Encore une fois, il s’agit d’une piste de travail, mais nous nous sommes beaucoup inspirés de cet arrangement pour la version définitive. Notez les changements dans la rythmique des mots et l’ajout d’un pont musical.

Et finalement, la version de l’album. On ne retrouve plus les voix qui étaient au début de la deuxième version, la batterie a remplacé la mandoline, des effets vocaux ont été ajoutés dans le pont et la finale est maintenant sur un accord majeur; ce qui suggère un dénouement peut-être plus positif que le laissait imaginer la version précédente. Notez aussi le changement dans les paroles : « prendre un train » est devenu « prendre un temps ».

S’en aller

Il a le temps à la gorge, long, qui serre le chemin devant, droit
En regardant derrière, avant, les portes qu’il n’a pas fermées à temps
Il se dit : je m’en vais au bout du monde, le monde qui au fond de moi, caché
Sans elle et sans nos devenirs, je prends un temps pour mieux me revenir

S’en aller

Sur votre route, quelque part, l’eau est montée sur le quai de bois, nu
Et quand elle submergeait ses doigts trop lourds, son corps s’est inondé
Il te dit : je m’en vais au bout du monde, le monde qui au fond de moi, fâché
Sans moi qui avec toi s’égare, je veux du temps pour choisir ma bagarre

S’en aller

J’aimerais te dire quelque chose de vrai
On se revient toujours de quelque part
J’espère vraiment que tu seras la gare où il reposera son cœur
On peut aller au bout du monde, le monde qui au fond de nous, caché
Sans nous et sans nos devenirs, prendre un temps pour mieux se revenir

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